Stéphane Delplace (1953)
par
Grégoire Hetzel
Après avoir commencé l'étude du piano dans son très jeune
âge, Stéphane Delplace continuera seul, sans maître, sans
partition, à apprivoiser, en improvisant, la musique.
A l'âge de dix-sept ans, il décide de s 'y consacrer
pleinement, et, tout en étudiant le piano et l'orgue,
commence à composer.
La douleur née de la dissonance, la beauté du glissement,
du frottement des lignes, des harmonies et des disharmonies
qu'elles entretiennent entre elles ne laissent pas de le
fasciner.
La découverte de la Fantaisie en Sol majeur pour orgue de
Bach est un choc.
Delplace approfondit alors sans relâche l'apprentissage de
l'écriture et entre au Conservatoire National Supérieur de
Musique de Paris où il fera ses classes de contrepoint,
d'harmonie, de fugue et d'orchestration.
Mais de son propre aveu, c'est auprès de ses compositeurs
d'élection (Bach, Brahms, Ravel...) qu'il forme sa pensée
musicale.
Au début des années quatre-vingt, harmonisant la gamme «par
ton» tout en prenant le contre-pied de la solution modale
debussyste, il découvre une configuration harmonique tonale
singulière d'où naîtront de nombreuses œuvres dont
l'oratorio De Sibilla (d'après Virgile), créé à
Saint-Germain des Prés en 1990, devenu le Prélude &
Fugue VI en Si bémol mineur/livre I.
Conforté dans l'idée que le langage tonal n'a pas épuisé
ses possibi1ités, le compositeur recherchera alors toujours
la force d'expression d'un langage clair, se gardant de
sacrifier à un quelconque progressisme.
Les Klavierstücke pour piano (1995-99, éd.Eschig), le
Double concerto Laus Vitae (1998), le Tombeau de Ravel,
pour grand orchestre (1997), Odi et Amo (d'après Catulle)
ou les Variations dans le Ton de Sol pour violoncelle seul
(1995), pour ne citer que quelques-unes de ses partitions,
ont en commun une même quête de la beauté de la douleur
harmonique et du contrepoint qui lui est assujetti.
Quelques obsessions hantent ces œuvres, qui sont de
véritables signatures de leur auteur: l'altération des
degrés faibles, mis en relief comme si Delplace, sans
sortir du système «solaire» tonal, voulait en explorer les
planètes les plus reculées, ou comme s'il voulait visiter
la «géographie de ces terres connues par cœur dont le
sous-sol reste pourtant encore tant à exploiter».
Une autre question le retient : celle du thème, de l'idée
originelle, d'où tout découle naturellement sans que le
compositeur sache à l'avance où le mènera cette idée, que
la conduite contrapuntique et harmonique prend elle-même en
charge.
« Après avoir saisi une idée musicale, je n'ai plus qu'à me
retirer, je laisse la matière artisanale et affective
épuiser toute la substance de mon idée, et me donne
l'illusion que la solution trouvée est celle que tout le
monde eût choisie. Pour moi, l'important est d'approfondir,
non d'inventer des formes nouvelles ».
Delplace aime à citer Cioran, dont les mots de « géométrie
tendre » ou d' « exercice sur fond métaphysique » à propos
de Bach lui siéent également, et qualifient
particulièrement bien ses Trente Préludes & Fugues.
Sa détermination à écrire de la musique tonale le tenant
naturellement éloigné des cercles officiels de la musique
contemporaine, ce n'est qu'en 2000 qu'il rejoint le groupe
Phœnix fondé par Jean-François Zygel et Thierry Escaich.
L'Académie des Beaux-Arts lui décerne en 2001 le Prix
Florent Schmitt.