Pièce née au réveil avec l’idée d’une mélodie qui s’enroulerait sur elle-même. Au fil de la composition, c’est finalement le ténor (des quatre voix de l’harmonie) qui s’est emparé de cet enroulement ascendant. La mélodie (au soprano) engendre alors une sorte d’escalier, alternant montées et descentes régulières qui dessinent un comme parcours isocèle. Sa simplicité incitait à enrichir les autres voix et les faire tendre, à l’aide de nombreux « atermoiements » harmoniques, vers le plus de douceur possible.
L’arrivée de la première montée (1er temps de la 2e mesure) a requis une « mise en scène » harmonique particulièrement délicate, puisque même si son chiffrage est celui d’un accord 6/5, il s’agit en réalité d’un accord 5 du IIIe degré (Si mineur), seulement teinté de sa tonique (Sol); laquelle nécessitait d’être frappée juste avant, pour être là, sans être là, tout en étant là ! Un simple accord 5 du IIIe degré eût été trop cru, et un accord 6 du Ier degré, trop plat.
Une seule verticalité échappe volontairement à l’harmonie tonale qui règne partout ici : il s’agit du 3e temps de la mesure 22, où l’accord de 7e diminuée du IVe degré haussé se voit augmenté d’une 5e voix donnant la note napolitaine (La b), afin d’échapper à la banalité de cette cette harmonie rebattue (réflexe d’ailleurs omniprésent dans les autres œuvres).
Cette page est restée quinze ans sans oser exister par elle-même, tel un sphinx musical inexpressif… jusqu’à ce qu’elle finisse par entrer dans la composition du mouvement lent du Concerto pour Clavecin (créé au piano par Giancarlo Crespeau à Flaine en 2006), où elle devient le soubassement de deux voix supplémentaires jouées par le soliste. Ce dernier principe (à 6 voix) sera repris en 2012 pour le N° 7 du Plafond de la Chapelle Sixtine, pour illustrer le légendaire « Dieu crée Adam »; l’abstraction (divine !) du soubassement tentant d’effleurer l’humaine expression des deux voix solistes.
Elle est ici dans sa nudité originelle (voir la version filmée visible sur Instagram), qui renonce volontairement à l’octaviation de la basse présente sur d’autres enregistrements, visant ainsi à plus de pureté dans l’équilibre des quatre voix. Si vous souhaitez vous procurer la partition du « Choral Profane » (à télécharger), sachez qu’elle est disponible à la vente en cliquant sur le bouton ci-dessous. Prix : 12 €
