Le but premier de cette édition de 2025 est de mettre fin aux interminables pérégrinations de ces « trente pièces pour piano » dont la composition s’étale sur (justement) une trentaine d’années, commencée au milieu des années 1990 pour s’achever au milieu des années 2020 !
Les premières-nées furent d’abord au nombre de sept, dont trois furent assez tôt choisies par Pierre Petit pour être imposées trois années consécutives à l’examen de piano final de l’École Normale de Musique de Paris, dont il était alors l’ardent directeur. Elles portaient les titres de Intermezzo II, Capriccio et Intermezzo VII, la coutume étant alors de les voir éditées par les Éditions Eschig. Mais je devais payer bien cher « l’honneur » fait à ces trois pièces de figurer dans le catalogue de cette prestigieuse maison puisqu’elles devaient s’avérer celles qui finiraient par retarder durablement l’édition de l’ensemble.
Les sept premières se virent rapidement augmentées de sept autres, pour en donner donc quatorze (chiffre de Bach !), prenant alors le titre de Quatorze Klavierstücke; l’allemand afin de rendre un hommage implicite à Brahms, non sans une allusion ironique à Stockhausen, dont elles étaient l’exact opposé; sans compter le douloureux regret de ne pas être germanophone. Le responsable des Éditions Eschig m’ayant fait comprendre qu’il n’éditerait jamais les onze autres, je me suis tourné vers mon fidèle éditeur Delatour, mais il n’était à l’inverse pas question pour lui d’éditer quatorze pièces, dont trois l’étaient déjà ailleurs ! La tentative de récupérer les droits de ces trois pièces étant restée vaine auprès de Schott, devenu entre temps leur propriétaire.
Le projet d’en faire un CD par Jean-Louis Caillard vit néanmoins le jour en 2006 (chez Saphir), avec cependant le souhait de celui-ci de modifier l’ordre initialement choisi, jugeant le Klavierstück 1 trop « brahmsien » pour ouvrir le disque. Quinze ans plus tard, Lucas Debargue devait cependant donner régulièrement ledit Klavierstück initial (le premier réellement écrit, devenu VI dans le CD). Ce premier-né avait donc inauguré une série qui allait regarder davantage vers Brahms que vers Bach, d’ailleurs pas si éloignés l’un de l’autre qu’on pourrait le penser à première vue.
Le temps passant, une deuxième série de 14 vit le jour, intitulée Quatorze Nouveaux Klavierstücke, qui ne fut pas davantage éditée que la première. Ajoutons que parmi ces 28 pièces, 7 d’entre elles ce sont vues orchestrées par Gabriel Field, sous le titre Scènes d’Intérieur. Une troisième série ayant même commencé d’être envisagée, a fait pencher pour l’abandon du chiffre 14 et ses multiples, et lui préférer le chiffre 30, qui rejoint ainsi une constante déjà à l’œuvre dans différents autres corpus : trois livres de Préludes et Fugues dans les Trente Tonalités, Chronogénèse, Déchronogénèse et Rechronogénèse (trois séries de 30 variations et Leitmotiv), trois cahiers de Thirty Single Page Preludes.
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